Sophie-Pierre Pernaut est partie passer un week-end en Islande avec Fab pour madmoiZelle. En guise de souvenirs, ils vous ont ramené plein de photos et quelques réflexions sur la jeunesse islandaise.
L’Islande n’est qu’à trois heures d’avion de Paris, et pourtant ce pays offre un dépaysement total à qui le visite pour la première fois. Entre les volcans, les fjords, les glaciers et les phénomènes géologiques des plus surprenants, sa capitale de « seulement » 119 000 habitants, ses carpaccio d’oiseau, ses pains noirs cuits dans la boue, son froid qui pique le nez et ses 3 habitants au kilomètre carré, l’Islande est un peu comme un Kinder géant de Pâques : pleine de surprises (note : ce constat n’a rien de surprenant si vous avez lu le périple de Jack Parker en Islande en mars dernier).
Les paysages lunaires et/ou sauvages que nous offre cette contrée sont fondamentalement différents de ceux que nous pouvons avoir en France. Mais la vie quotidienne y est-elle autant éloignée de la nôtre ? Et plus spécifiquement, l’Islande est-elle réellement le Paradis de la parité ? Ce sont les questions que je me suis posées en arrivant sur les terres des Vikings et c’est pour cette raison que je me suis lancée dans une chasse à l’islandaise. (J’aimerais par ailleurs m’excuser auprès de toutes celles que j’ai fait flipper en les suivant tels une stalker de première catégorie dans les rues de Reykjavik dans le but de les doubler pour les interpeller de face).
En général, l’Islande est considérée comme l’un des bons élèves au niveau de la parité. Dans les faits, on sait déjà que le pays se plaçait en 2010 et 2011 au premier rang du rapport du Forum économique mondial sur l’égalité hommes-femmes. Car si les femmes restent moins bien payées que les hommes, elles sont pourtant nombreuses à accéder à des postes à responsabilité - même si la parité, là encore, n’est pas totalement respectée. Pourquoi une telle avance par rapport à d’autres pays ? En mai dernier, Les Quotidiennes rencontraient Hanna Thorleifsdóttir, directrice islandaise du département des études nordiques de l’université de Caen. Elle y avançait une explication et relayait alors une hypothèse sur la question :
« Je ne suis pas sûre qu’il faille chercher à tout prix une cause d’ordre culturel. Nous sommes amenés à nous débrouiller très tôt. Dans une petite société chacun compte. Mais certains perçoivent dans ce phénomène l'influence des anciennes structures sociales vikings. Au Moyen-Âge, les femmes n’avaient pas un rôle public très déterminant, mais elles étaient les maîtresses absolues au sein du foyer. Et comme sous nos contrées les nuits sont souvent très longues, la famille passait beaucoup de temps à l’intérieur des maisons. Peut-être eurent-elles ainsi l’occasion d’être écoutées et de s’affirmer au sein de la société, même si ce n’est là qu’une hypothèse. »
Les Islandaises qui décident de procréer ont également un avantage non négligeable par rapport à leurs comparses françaises : le congé parental est de 9 mois (un peu sur le même modèle que la pappapermisjon norvégienne dont on vous parlait dans notre dossier sur les droits des femmes dans le monde) : 3 mois pour la mère, 3 mois pour le père et 3 mois à répartir entre les deux. En outre, les jardins d’enfants sont nombreux et les étudiantes, au même titre que les mères célibataires, y sont prioritaires. De fait, elles ne sont pas spécialement pénalisées dans leur emploi ou leurs études. Et c’est vrai qu’en me baladant dans les rues de Reykjavik, j’ai été surprise du nombre de femmes à peine plus âgées que moi qui étaient déjà mères.
Thóra Arnórsdóttir est une autre preuve que la maternité ne pose pas de problème aux Islandais-es et n’entrave pas la réussite sociale : cette journaliste s’est présentée à l’élection présidentielle de 2012 alors qu’elle était enceinte et a accouché pendant la campagne. Cette grossesse ne l’a cependant pas empêchée d’avoir été pendant un moment la principale rivale d’Ólafur Ragnar Grímsson (le président sortant) au point de le devancer un temps dans les sondages avant qu’il ne soit finalement réelu en juin dernier.
Si techniquement, donc, les femmes sont aidées à devenir les égales des hommes, est-ce vraiment le cas dans le quotidien des jeunes femmes ? Au-delà du monde du travail, sont-elles épargnées par le machisme ordinaire en général et le harcèlement de rue en particulier ? « Oui » m’ont assuré Rakeel et Hendrihhon à l’unisson. « Nous n’avons jamais réellement été témoins de réflexions misogynes ». Toutes deux vivant et ayant grandi à Rekjavik, elles s’interrogent tout de même : « Je pense que ça dépend de où tu te trouves », réfléchit Rakeel. « Après tout, je pense que c’est comme dans les autres pays : dans les coins les plus reculés, ce n’est peut-être pas forcément la même chose en terme d’ouverture d’esprit ». Brynja, qui a justement grandi dans une petite ville proche de la capitale, tente une explication « Peut-être que les femmes sont plus fortes ici, [...] peut-être que c’est une question d’éducation, mais je pense que le sexisme est un phénomène assez rare par ici. »
Contrairement à ce que les paysages de la campagne islandaise essaient de nous faire croire, cette île située au beau milieu de l’océan Atlantique et traversée par le cercle polaire n’a définitivement rien d’archaïque : résolument moderne, le pays prenait, juste avant que la crise n’éclate, la première place de l'indice de développement humain (IDH). Avant-gardiste, il a été le premier pays du monde à avoir pour présidente une femme en 1980, Vigdís Finnbogadóttir. Depuis février 2009, une autre femme en est devenue la première ministre. Rien d’exceptionnel pour ce pays, à un détail près : Jóhanna Sigurðardóttir est lesbienne. Elle devint alors le premier chef d’un gouvernement à se déclarer ouvertement homosexuelle. Mais cela pose-t-il un problème aux citoyens islandais ? « Ce n’est un problème pour personne, ici », m’expliqua Brynja. « Je pense vraiment que ce pays est un pays libre où personne ne juge ce que fait son voisin. Je ne connais personne pour qui c’est un souci, en tout cas ». Rakeel ajoute une petite nuance « Ça ne dérange effectivement pas grand monde que notre première ministre soit lesbienne. Mais ça n’empêche pas les gens de faire preuve d’esprit critique : certaines personnes lui reprochent de ne pas appliquer toutes les promesses qu’elle avait faites pendant sa campagne. » Une façon de rappeler qu’elle n’est pas jugée sur son orientation sexuelle, mais bel et bien sur ses actes en tant que première ministre. Ce que faisait comprendre en d'autres termes Hanna Thorleifsdóttir aux Quotidiennes :
« En effet, l’homosexualité de Jóhanna Sigurdardóttir est strictement sans importance pour nous. À vrai dire, cela ne semble interpeller que la presse internationale ! »
De manière plus anecdotique, je me suis également demandé à quoi cela pouvait bien ressembler de grandir et de vivre dans un pays où, en hiver, pendant plusieurs semaines, on ne voit presque pas la lumière du jour, cercle polaire oblige. À titre d’exemple, en janvier, le soleil s’y lève vers 11h et s’y couche vers 15h45. Pour nous qui sommes nombreuses à nous zombifier quand la fin de l’automne arrive et que le soleil fait place au ciel gris façon cheveux-de-Françoise-de-Panafieu, c’est difficile à concevoir qu’une nation entière réussisse à supporter ce phénomène tous les ans. Mais les filles que j’ai alpaguées en profitent pour voir du monde, pour se socialiser ou pour faire la fête. Pratiquer un art est également un bon moyen de passer le temps pendant les longues soirées d’hiver. Pour Rakeel et Hendrihhon, respectivement étudiante en musique et en art, c’est également « une façon de trouver un sens aux choses. [...] C’est aussi un moyen d’échapper au froid, à l’obscurité, de rendre les choses un peu plus chaleureuses, plus colorées. » Un art qui joue un rôle important en Islande : le pays détient le record mondial du nombre de livres publiés par habitant et rares sont les personnes qui ne jouent pas d’un instrument, comme me l’a expliqué Brynja qui pratique elle-même le piano et le violon.
Le manque de lumière en hiver encourage-t-il les jeunes islandais-es à quitter leur pays natal pour des contrées plus ensoleillées ? Pas dans le cas de Rakeel, Hendrihhon et Brynja. Toutes trois ont émis le souhait d’aller vivre à l’étranger pendant quelques années (Rakeel a d’ailleurs tenté l’expérience en s’expatriant au Canada, en Suède et en Norvège), mais toutes pensent qu’elles finiront toujours par revenir au bout de quelques temps en Islande. « C’est un pays culturel, où les choses vont vite. Je sais pas, je l’adore, c’est comme ça. » conclut Rakeel.
En somme, je retiens de ce week-end passé en Islande que ce pays est fascinant ; fascinant de par sa nature, certes, mais également en terme d’ouverture d’esprit, de modernité et d’absence de jugement sur la vie des autres. Toutefois, car rien n'est jamais parfait, il reste une grosse ombre au tableau : entre petites révolutions sociales et ouverture d’esprit, la crise, comme ailleurs dans le monde, rend plus difficile la recherche d’emploi. Lena et Sandra précisent : « Depuis 2008, il est devenu plus difficile de trouver un emploi. Mais ici, ce n’est pas plus compliqué pour une femme que pour un homme : c’est un problème pour beaucoup, sans distinction ».










































